BIOGRAPHIE FAMILLE Charles François Philippe MAUREL Fils d'Edouard (suite 1)
ANNEE 1976! DEUX EVENEMENTS L'ASSOMBRISSENT.
L'habitude que tout marche bien!......
C'est le 13 du mois de janvier de cette année 1976.
La naissance du bébé s'annonce normalement par quelques contractions.
Monique est admise à la maternité du Centre Hospitalier
Je m'y revois encore.
Il n'y a plus de chambre disponible, la sage femme installe Monique dans la salle de cours qui est aménagée en chambre à l'occasion.
Nous sommes confiants tout s'est bien passé pour les quatre autres naissances pourquoi pas pour celle là.
Il y a même un plus puisque un monitoring est en place pour controler cette futur naissance, appareil que nous n'avions pas eu pour les précédentes naissances
Dés les premières contractions sur place l'infirmière met en route le monitoring et fixe le petit écouteur sur le ventre de Monique, au plus près du coeur du bébé.
Le bébé se déplacant à plusieurs reprises, elle a du mal à trouver le meilleur emplacement possible, celui où l'enregistrement des battements du coeur du bébé et les contractions de Monique est
le plus clair à interpréter.
Voila c'est fait.
La bande de papier millimétrée défile sous l'aiguille qui y trace une ligne sinueuse régulière preuve de la vie de notre bébé et de la régularité des contractions.
Nous voyons cette ligne mais nous entendons aussi les battements du coeur.
L'infirmière s'éloigne et nous attendons et suivons l'évolution sur la bande.
Les contractions se font plus rapprochées, l'aiguille du monitoring s'agite, le tracé est moins régulier, puis les contractions s'intensifient, le battement du coeur semblent s'accélérer, puis
s'emballer et passe de 0 à 120......suit un tracé qui s'affaiblit jusqu'à resté figé en une ligne droite.
Inquiet, j'appelle l'infirmière qui, rassurante nous dit "Le bébé a du se déplacer légérement je vais changer l'écouteur de
place".
Effectivement, sur cette afirmation, je me souviens que pour le placer la première fois elle avait eu du mal parceque le bébé bougeait beaucoup.
Voila c'est fait
Le tracé redevient normal et régulier, je suis rassuré
Nous nous étions inquiétés pour rien et j'avais dérangé l'infirmière inutilement.......
.....Quelques minutes après, les contractions reprennent de plus belle comme ce fut le cas pour les autres garçons.
Par contre, maintenant je sais ce qui se passe, je ne m'inquiète plus, le tracé est perturbé, le bébé doit se déplacer tout est normal....
...Pourtant j'éprouve un sentiment étrange, il me semble que quelque chose ne colle pas, il y a, en même temps que les battements du coeur, comme un souffle bizarre, un souffle déchirant, comme
une souffrance qui me fait penser à un étouffement.
J'y participe, mais je reste confiant en les paroles de l'infirmière "Ne vous inquiètez pas"
De toute façon nous sommes dans une maternité la plus moderne possible.
Je ne dis rien pour ne pas inquiété Monique mais, devant mes yeux ahuris, à chaque contraction l'aiguille fait des bonds de 0 à 120, irréguliers, trop irréguliers à mon goût, puis, brusquement
ils redeviennent légers, si légers que presque plus rien ne s'inscrit sur la bande qui elle continue à défiler imperturbablement.
Peut-être n'y a-t-il plus d'encre!
Le souffle s'atténue doucement, les contractions s'arrêtent, le tracé s'interromp aussi totalement.
Je ne suis pas rassuré mais ne dis rien.
L'infirmière qui passe par là pour aller voir d'autres hospitalisées me dit "Ce n'est rien, cela lui arrive quelque fois, ne vous inquiétez pas, et puisqu'il
n'enregistre plus je le retire."
Tout cela a durée une demie heure à trois quart d'heure......
Oui mais moi, je ne peux m'empêcher de songer: "Ce souffle!, ces battements irréguliers? ....Non! Ce n'est pa possible, l'appareil amplifie tous les sons et les transforme. Non! Tout
doit être normal, il faut que j'ai confiance, tout s'est bien passé pour les quatre autres, alors pourquoi pas pour celui là".
Je n'ai aucune raison de m'inquiéter et d'autant moins qu'il n'y a aucune anomalie extérieure: les contractions sont normales, le bébé se déplace normalement, et pour les quatre autres naissances
il n'y avait pas ce monitoring et tout se passe de la même façon.......sauf ce souffle étrange du monitoring.
Alors! Nous attendons........
........Monique perd les eaux, cela ne vas pas tarder, la sage femme revient et après avoir donné quelques soins s'assoie et prend note, tranquillement des renseignements nécessaires à
l'hospitalisation pour la futur naissance qui s'annonce réellement.
Puis elle attend ainsi que les contractions reprennent le rythme qui annonce l'accouchement prochain.
Quelques minutes passent 1....2...5 peut-être.
Tout se passe bien, j'ai confiance, c'est sûrement le monitoring qui n'a plus enregistré, un mauvais contact peut-être, d'aIlleur il n'est plus là c'est comme pour les quatre autres il n'y avait
pas d'appareil.
Les contractons reprennent......
"Vite....vite"...dit Monique à la sage femme, "Cà vient, vite vite, je pousse."
"Mais non ne vous affolez pas" Dit la sage femme calmement, "Tout est normal, ce n'est pas encore le moment".
Pourtant elle s'approche, jette un regard puis...
"Vite, vite mesdames, un chariot, il est là, retenez vous madame, ne poussez plus il est là, il arrive."
Je savais bien que je pouvais avoir confiance tout est normal, Monique accouche normalement comme pour les quatre autres.
Monique est encore sur le brancard qui a été amené très vite dans la salle d'accouchement, le bébé arrive avant que l'on puisse la hisser sur la table.
"C'est une fille, Madame", crie la sage femme en signe de victoire et pour la joie que celà vas nous causer après avoir eu quatre garçon.
J'ai bien entendu "C'est une fille" mais c'est comme si je n'avais pas entendu, tout s'est déroulé si bizarrement!
Si bizarrement! Comme si intérieurement j'avais compris au contraire que quelque chose n'était pas normal.
Pourtant ce corps, inerte, flasque, qui vient de jaillir et que la sage femme tient encore par les pieds il est tel que l'étaient les quatre autres, il semble ne pas avoir encore de vie mais il
vas pousser un cri, comme les autres......
Pourtant le temps parait se dérouler interminablement, il me semble qu'il ne prendra jamais vie, il se passe en moi quelque chose d'inexplicable, quelque chose que je n'ai plus ressenti depuis
bien longtemps et que je ressentais pourtant intérieurement avant l'accouchement.....et pourtant elle est là, elle est enfin là "Dominique" notre fille.............
Que de pensées, d'impressions, de souvenirs ont défilées en moi en quelques fractions de secondes:
Cette impression du moment où l'on a prévu de lui donner le prénom de Dominique, la soeur de Monique, mort née.
Ce ressenti que j'ai eu avec Monique à l'heure et au jour exacte de la mort de "André" l'oncle de Monique, comme si son esprit nous traversait en une décharge électrique puissante qui nous a
fait nous recroqueviller l'un contre l'autre dans notre sommeil.
Comme le retour imprévu de notre soeur du camp de concentration après plus d'un an et demi d'absence sans nouvelle et que nous avons ressenti avec mon frère Gérard au point de lui avoir garder,
sans se concerter, les oranges et quelques friandises qui nous avaient été distribuées à l'école le matin même.
Puis, tout d'un coup suite à un cri de la sache femme je reviens à la réalité: "Vite....vite...appelez le docteur, elle est amochée, faites vite......" s'écrie t
elle.....
Et d'un bond, après avoir coupé le cordon ombélical la voilà qui file vers la salle ou l'on emmaillote les bébé mais où je sais aussi que se trouve un appareil de réanimation pour bébé...
J'ai compris, il n'y a pas eu de cri....il n'y aura jamais de cri et à nouveau tout repasse devant mes yeux,: cet enregistrement qui ne fonctionne pas, cette sensation d'étouffement, c'était
celà, Dominique notre fille perdait la vie avant de naître.
Ce n'était donc pas normal.
J'entend maintenant le souffle de l'appareil de réanimation et je crois encore entendre ce souffle que j'entendais quelques instants auparavent dans le monitoring
Je suis toujours là près de Monique, je lui tiens la main,du sang s'écoule sur le brancard.
Des pas précipités se font entendre dans le couloir le docteur est là, j'ai, sans y croire vraiment, un moment d'espoir mais il y a beaucoup de remue ménage dans la salle à coté, un dialogue à
voie basse s'engage......mais, entre deux mots incompréhensibles j'entend des sanglots, ce sont ceux de la sage femme....
"Ce n'est pas possible, il fallait que celà m'arrive à moi......."
J'ai compris.., je n'ose rien dire à Monique qui m'interroge:"Que se passe t il donc? Pourquoi ne reviennent-ils pas."
Si, ils reviennent, le docteur passe la tête dans l'encadrement de la porte et me fait signe de venir...
"Inutile, Docteur, nous avons compris" et je sers très fort la main de Monique encore couché sur le brancard, elle saigne du corps et du coeur
et sanglote.
Nous avons compris, nous n'avons pas besoin d'explication.
Notre petite Dominique n'a pas vu le jour, nous n'aurons jamais de petite Dominique.....comme les parents de Monique.
Et pourtant, tout s'est bien passé, comme pour les quatre autres où tout s'est bien passé, sans monitoring
Peut être par habitude que tout ce soit bien passé pour les quatre autres
Pourquoi?....Pourquoi?
J'aurai dû me fier à mes sensations, à mes intuitions, à son appel de detresse.
Pourquoi neuf mois pour rien, neuf mois d'attente dans la joie d'une naissance attendu et espérée que nous souhaitions être une fille et qui est une fille. pour que tout craque dans les
dernières minutes, bêtement, oui bêtement.
A quoi donc a-t-il servi ce monitoring mis en place pour s'assurer que tout se passe bien.
Alors on a voulu savoir, on a cherché, cherché quoi?
On a fait faire une autopsie avec le secret espoir qu'il nous soit dit qu'il valait mieux qu'il en soit ainsi....qu'elle aurait pu être handicapée sévèrement, diminuée.
Maigre consolation parce que nous l'aurions accepté telle.
Mais non, la dure réalité est là: Tout était normal, normal comme l'a été l'accouchement, normal comme s' il n'y avait pas eu cette machine
Elle était normal notre petite Dominique: on lui a décortiqué le cerveau, le coeur, les poumons, le foie, tout était normal et pourtant elle n'a pas vu le jour et elle est partie, inconnue, dans
sa petite enveloppe d'aluminium vers la terre qui la recouvre maintenant et nous ne savons pas où parce que nous n'avons pas voulu savoir où pour ne pas nous refermer sur nous mêmes et être tout
à nos enfants bien vivants qui souffriront eux aussi de l'absence de ce bébé attendu dans la joie .
Nous avons pu simplement dire "Seigneur que ta volonté soit faite"
Dominique n'est pas née et elle est morte, par habitude......par habitude que tout se passe bien , confiance en l'Hopital, en l'infirmière, trop confiance en nous.
Nous n'avons pas tenu compte de cette machine qui nous paraissait inutile et qui pourtant, seconde après seconde enregistrait la vie, cette vie pas encore au jour mais qui s'annonçait déjà et qui
s'echappait aussi dans la souffrance sans même avoir connu la joie d'être au monde
Ce soufle qui s'étaignait, ce petit coeur qui lachait dans la souffrance de l'accouchement de cet accouchement dit " Sans douleur" et nous n'avons rien pu faire pour y remédier, par habitude que
tout se passe bien.
Elle n'a pas vu le jour parce qu'une machine, par moment, ne fonctionnait pas normalement et qu'il était ainsi normal alors pour ceux qui s'en servaient, qu'elle n'inscrive rien, par
moment,.....par habitude.
QUANT AU DEUXIEME EVENEMENT DE 1976
Ce fut le décés de notre frère Guy à la suite d'une opération mais je n'en parlerai qu'après en avoir reçu l'autorisation de sa famille.
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(Sur cette photo, original détenue par Germaine d'Antoine, vous pouvez voir quatre des garçons de Charles Fortuné MAUREL: Debout, à gauche en Marin; André, au centre Antoine, à droite Edouard, assis devant Paul. )
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